Médecine traditionnelle

Santé communautaire–Médicine traditionnelle

Dans le contexte de la Guinée, la médecine traditionnelle est définie comme un ensemble de savoirs, connaissances, pratiques, techniques et l’utilisation de préparations ou de substances basés sur des fondements socioculturels, religieux et/ou empiriques des communautés. La médecine traditionnelle s’appuie sur des expériences vécues et des observations transmises de génération à génération pour prévenir, diagnostiquer ou soigner un déséquilibre physique, mental ou social.

Elle constitue un enjeu important en matière de santé publique pour la Guinée. En effet, elle reste toujours un recours significatif pour les populations, particulièrement en zone rurale. Depuis l’indépendance, des efforts importants sont déployés en vue de son institutionnalisation et de sa prise en compte effective dans le système national de santé.

Cette volonté politique vise à

  1. a) optimiser l’utilisation des ressources de la médecine traditionnelle,
  2. b) promouvoir les pratiques utiles, en éliminant celles qui sont nuisibles et
  3. c) préserver le savoir médical traditionnel en l’insérant dans le système éducatif. En droite ligne avec ces orientations, il s’agira de renforcer le lien, la contribution et la synergie avec les acteurs clés de la médecine traditionnelle avec la santé communautaire à différents niveaux du système de santé.

Le tradipraticien est une personne reconnue par la collectivité dans laquelle elle vit comme compétente pour diagnostiquer des maladies et invalidités y prévalant et dispenser des soins de santé grâce à l’emploi de substances végétales, animales ou minérales, et d’autres méthodes basées sur le fondement socioculturel et religieux aussi bien que sur les connaissances, comportements et croyances liés au bien-être physique, mental et social de la collectivité.

Source : Plan stratégique de sante communautaire 2018-2022

C’est dans ce même sens que, par exemple, les 17 pays membres de l’Organisation africaine de la propriété intellectuelle comprennent d’ailleurs ainsi la notion de tradipraticien. L’appellation « tradipraticien » inclut également les accoucheuses traditionnelles, les herboristes et les tradithérapeutes. Ces derniers n’hésitent pas à s’organiser en réseau et même de migrer d’un pays à l’autre pour offrir leurs services dans des domaines spécifiques de santé.

Le tradipraticien est considéré comme le dépositaire du savoir ancestral qu’il a pour mission de répandre dans la société. Le recours à lui résulte aussi bien de la science qu’il possède ou est censé posséder que du sentiment qu’a la société de passer par cet intermédiaire utile pour obtenir l’opinion des ancêtres

Une activité suspecte pour les médecins

Pourtant, l’activité du praticien continue de susciter la réprobation des praticiens de la médecine conventionnelle. L’un des principaux griefs fait à la médecine traditionnelle est l’approche méthodologique considérée comme approximative. L’on se demande si la médecine à base de plantes naturelles ne présenterait pas de sérieux dangers, notamment en raison de la difficulté à prescrire de bons dosages. Le corps des médecins regarde avec un mélange de crainte et de mépris « ce corps étranger » pénétrer dans le domaine de la médecine. Leur argument est fondé sur une certaine idée de l’intérêt général de la santé que seuls leurs principes pourraient conserver. Ces arguments ne résistent à l’observation ni des faits, ni du droit.

Sur le plan factuel, l’enthousiasme suscité par l’extension de la médecine conventionnelle s’est vite estompé devant la révélation d’obstacles difficiles à surmonter pour les populations.

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Comment ces tradipraticiens soignent-ils :

Les traitements sont essentiellement basés sur la phytothérapie. Les praticiens vont généralement chercher eux-mêmes en brousse les plantes médicinales (racines, écorces, feuilles, jeunes tiges, herbes, lianes, graines) dont ils ont besoin. Le monde végétal participe du monde invisible aussi est-il nécessaire, pour bénéficier pleinement de l’efficacité thérapeutique des végétaux, de réconcilier « l’esprit » des plantes par des rites de cueillette. Le guérisseur salue la plante ou l’arbre, expose les raisons de sa venue, implore la grâce divine, récite trois fois le salut au Prophète Mohammed, insistent disant qu’il a obtenu légalement son savoir avec un maître, il demande à la plante de donner sa propriété médicinale pour soigner tel malade, de telle maladie.

Le jeudi, veille du jour de la prière, et le dimanche, veille du jour de naissance du Prophète, sont plus propices à la cueillette des plantes médicinales. Les écorces des arbressont prélevéesà l’Est et à l’Ouest. Une contrepartie est donnée à l’arbre après prélèvement, par exemple un cotylédon de cola est placé là où la racine a été coupée comme rémunération de l’arbre. Le guérisseur n’est pas prédateur, mais participe à un échange. Les organes végétaux sont apportés dans la cour de la concession et mis à sécher, certains à l’ombre et d’autres au soleil. Les racines lavées, découpées, les écorces, les feuilles sont macérées ou bouillies. Le malade boit le macérer ou le décocté ou consomme un repas de riz préparé à partir du décocté. Un talisman est parfois ajouté à la potion : un verset du Coran est écrit sur une planchette en bois avec une plume en roseau et une encre à base de plantes puis la planche est lavée et le liquide est ajouté au macéré ou au décocté. Le malade boit une partie du médicament et se lave avec l’autre partie, en commençant par la tête, puis en continuant de la taille vers les extrémités des membres pour chasser la maladie. Cette pratique renvoie aux rites de purification de la religion islamique. Les feuillessont appliquées comme emplâtre dans des cas de fractures, d’œdèmes, d’infections localisées. Les écorces pilées sont sucées ou ajoutées à une boisson ou un mets. Des amulettes peuvent être portées au cou, à la taille: versets du Coran insérés dans un étui en cuir, fils de coton noués

Quelles sont les conceptions de ces tradipraticiens :

Pour les guérisseurs, la maladie est assimilée à un mauvais liquide qui stagne dans le corps et perturbe les cycles physiologiques ou à un parasite, sorte de ver ou de crabe qui se déplace dans le ventre, créant des troubles variant selon sa localisation. Les médicaments ont pour but de nettoyer le ventre, d’éliminer les impuretés, les mauvais liquides qui stagnent afin que les liquides physiologiques reprennent leur cycle normal, d’expulser ou de neutraliser les parasites. C’est pour cela que le médicament est très souvent diurétique et laxatif. Ces réactions sont pour les guérisseurs le signe du bon effet du remède et de l’évacuation du mal. Dans la conception des tradithérapeutes tout le monde doit boire des décoctés ou des macérés de plantes médicinales pour prévenir les maladies et garder l’intérieur du corps propre. Cette notion de prévention est souvent liée à l’idée que l’être humain naît avec la maladie, il faut donc éviter qu’elle ne se réveille en lui. La cause première des maladies est le destin ou Dieu, mais il est admis que des aliments favorisent le développement de certaines affections. Les tradipraticiens reconnaissent la contamination par contact direct. Certaines pathologies seraient dues à la mal- vaillance de personnes de l’entourage, des objets maléfiques peuvent être introduits dans la nourriture ou placés sur le passage de la personne à laquelle on veut nuire. Des troubles, généralement assez graves, seraient causés par des attaques du monde invisible. Ils toucheraient d’autres plans que le corps physique tout en ayant une incidence sur celui-ci. Des états de prostration, de perte de conscience, des cas de stérilité, d’empoisonnement, seraient provoqués par des actes de sorcellerie; les cas de folie, de paralysie, d’avortements à répétition, sont souvent attribués à des génies. L’étiologie peut être donnée a priori si le guérisseur pratique la divination ou a postériori si les symptômes résistent aux traitements habituels. La pensée des guérisseurs est une pensée concrète, analogique, qui établit des correspondances entre des faits observés et les thérapies utilisées. Les interdits alimentaires sont prescrits à partir d’une correspondance de couleur ou d’aspect entre les manifestations de la maladie et certains aliments; le choix des remèdes repose parfois sur une similitude entre la couleur et l’aspect du médicament et l’objectif thérapeutique visé . L’analogie confère une efficacité symbolique aux rituels de médecine traditionnelle _

https://horizon.documentation.ird.fr/exl-doc/pleins_textes/divers16-08/42388.pdf

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