Informations approfondies sur le financement du secteur de la santé en Guinée

D’après les Comptes nationaux de Santé de 2014-2016, les ménages constituent la première source de financement des dépenses de santé par le paiement direct, avec 46,4% des dépenses en 2016, suivi des bailleurs de fonds (reste du monde), avec 35,7% des dépenses de santé. L’administration publique reste la troisième principale source de financement avec une contribution de 15,1% en 2016.

Le budget du Ministère de la Santé par rapport au Budget national a continuellement baissé de 2010 à 2013 avant d’amorcer une hausse en 2014 et 2015 tout en restant en deçà de 5% dans les années qui ont suivi, comme bien illustré dans le graphe 8 ci-dessous :

 

Tableau 2: Proportion du budget de l’Etat alloué à la santé

  2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019
% Budget santé/budget national 3.5% 2.4% 1.98% 1.75% 2.16% 3.6% 5,01% 8,20% 6% 6%

Source : construit à partir des données du PNDS 2015-2024, LFI 2016-2019

Figure 6: Evolution du budget de la santé entre 2010 et 2019

Par ailleurs, les collectivités locales décentralisées ne participent que très peu au financement de la santé, celle-ci se limitant essentiellement à la prise en charge des salaires d’une partie du personnel contractuel et couvre quelque fois des dépenses d’investissements comme  ( la construction de centres de santé de  postes de santé et de  points d’eau), soit à partir de leurs ressources propres soit en exploitant la filière de la coopération décentralisée et les associations des ressortissants.

 

Risques financiers

Compte tenu du fait que les ménages constituent la composante du système sanitaire qui dépense le plus en soins de santé sous forme de paiements directs, cette pratique facilite la perception des fonds indus qui alourdissent le risque financier pour les ménages les exposant à des dépenses catastrophiques. Une réflexion sérieuse devra être faite pour développer les initiatives de protection et ou prévention des risques financiers.

 

Recouvrements des Coûts

 Les populations prennent en charge une partie des coûts de fonctionnement des établissements de soins à travers le système de recouvrement de coûts notamment l’achat des produits pharmaceutiques, la motivation du personnel, le fonctionnement de la chaine de froid, les dépenses d’entretien, de maintenance et les outils de gestion.

 

Opportunité de financements

 En effet, malgré d’importants progrès réalisés par le pays et une forte implication des partenaires techniques et financiers pour l’accélération de la réduction de la mortalité maternelle, les femmes continuent à mourir en donnant la vie. 550 pour 100 000 naissances vivantes, 67 sur 1 000 enfants Guinéens ne fêtent pas leur premier anniversaire, l’un des déterminants de cette situation est l’insuffisance et la précarité du financement de la santé. Et pourtant, il existe plusieurs opportunités de financement endogène et exogène notamment : le partenariat public-privé, d’autre partenariat de financement avec les sociétés minières, les entreprises de téléphonie mobile, de transfert d’argent, la société brassicole, ou de fabrication de la cigarette.

Le financement extérieur, avec 26,90% de contribution dans les dépenses de santé, constitue une source relativement importante du financement de la santé. Malheureusement les mécanismes de déblocage de ses financements sont parfois très longs et compliqués ce qui rend parfois très peu la mise en œuvre de certaines interventions prioritaires à haut impact de la santé de la reproduction.

Par ailleurs, à cause de l’insuffisance de coordination des parties prenantes notamment, la plupart des partenaires mettent en œuvre leur propre plan sans tenir compte du plan consensuel. Ainsi, les ressources ne sont pas utilisées d’une manière optimale et contribue à la faible rationalité préjudiciable à la performance du système de santé[1].

Comme dit plus haut, la coordination des intervenants dans le secteur, la communication et le dialogue avec les acteurs constituent les maillons faibles du système de financement de la santé.

 

Tableau 3 Dépenses de santé par source de financement CNS 2014-2016

Sources de financement Dépenses de santé[2]
Fonds Publics 148,71 8,8%
Fonds de l’administration centrale 145,68 8,6%
Fonds des collectivités territoriales / locales 3,03 0,2%
Fonds privés 1 087,65 64,3%
Fonds des Employeurs/ Entreprises 32,35 1,9%
Ménages 1 052,63 62,2%
Institutions nationales sans but lucratif au service des ménages 2,68 0,2%
Reste du Monde 455,81 26,9%
Coopération bilatérale 44,91 2,7%
Fonds des ONG, Fondations et firmes internationales 106,80 6,3%
Fonds des ressortissants du pays à l’étranger 0,96 0,1%
Total 1 692,18 100,0%

 

Informations sur le système de santé spécialisé dans la maladie et le système de santé en général, ainsi que sur les liens qui existent entre eux 

La structure organisationnelle du système de santé est calquée sur le découpage administratif et comprend huit (8) régions avec des directions régionales de la santé (DRS) et 38 districts sanitaires ou directions préfectorales de la santé (DPS). Le modèle d’organisation repose sur le concept de district de santé. L’offre globale de soins est organisée de façon pyramidale et comprend du sommet à la base : i) Le niveau national avec les directions et structures centrales organisées autour du cabinet du Ministre et du Secrétariat général ; ii) le niveau intermédiaire qui comprend 8 directions régionales de la santé et iii) le niveau périphérique qui est représenté par 38 directions préfectorales/Communales de la santé (DPS/DCS), entités opérationnelles les plus décentralisées du système national de santé correspondant aux préfectures (districts sanitaires).  Le système de soins est composé de trois secteurs : public, privé et communautaire.

Le secteur public est organisé en niveaux et en échelons (tableau ci-dessous)

Tableau II : Organisation structurelle du secteur public de la santé en Guinée

Secteur public 1er Niveau 2ème Niveau 3ème Niveau
Echelons 1er Echelon 2ème Echelon Centre Hospitalier Régional Hôpital National
Structures sanitaires Poste de santé Centres de santé CMC Hôpital Préfectoral
Nombre 961 423 9 31 7 3

Source : INS http://www.stat-guinee.org/

 

En plus de ces 3 niveaux, les forces armées, les services de sécurité et la santé scolaire disposent de Centres médico-Chirurgicaux et d’infirmeries qui sont impliqués dans la lutte contre les maladies. L’ensemble des dix (10) infirmeries des armées (01 dans chacune des régions et 03 à Conakry) assure la prise en charge du paludisme, trois (03) intègrent des activités préventives et curatives au titre du VIH mais aucune n’intègre la gestion de la Tuberculose. Les infirmeries scolaires (13 publiques et 4 privées) concernent surtout les universités, reparties dans toutes les régions, qui assurent généralement la prise en charge du paludisme et les activités promotionnelles et préventives sur le VIH/SIDA.

Le secteur privé, associatif et confessionnel comprend d’une part, des structures médicales, et d’autre part, des structures pharmaceutiques et biomédicales. L’offre formelle se résume à 41 cliniques, 106 cabinets et 11 laboratoires d’analyse biomédicale. Le sous-secteur privé pharmaceutique est constitué par une unité de production de médicaments essentiels génériques et 53 grossistes répartiteurs, tous basés à Conakry, et 518 officines agréées dont 413 à Conakry, Coyah et Dubréka (PNDS 2015-2024). Le secteur minier, regroupé au sein de la chambre des mines de Guinée, dispose d’hôpitaux situés dans les cités minières de Fria et Kamsar, de centres médicaux à Siguiri, Dinguiraye, Sangarédi et Conakry.

Le sous-secteur communautaire est constitué de services à base communautaire (SBC) avec des agents de santé communautaires (ASC), des relais communautaires (RECO) et des prestataires de la médecine traditionnelle. Il existe une politique nationale et un plan stratégique 2018–2022 coordonnés par une direction nationale. Cette direction, établie en 2017 suite à la restructuration du Ministère de la Santé, travaille de façon transversale avec les différents programmes et autorités administratives locales pour mettre en œuvre les grandes interventions de lutte contre la maladie (voir section engagement communautaire pour plus de détails).

Pour lutter efficacement contre le paludisme, un Programme National de lutte contre le Paludisme (PNLP) a été créé en 2003 au sein du Ministère de la Santé. Ce Programme est au rang de division de l’administration centrale et son ancrage est au niveau de la Direction Nationale des Grandes Endémies et de la Lutte contre les Maladies (DNGELM). Il est géré par une coordination composée de six unités : Prise en charge (PEC), Suivi et Evaluation (S&E), Communication (IEC/CCC), système de Gestion des Approvisionnements et des Stock (GAS), Lutte antivectorielle (LAV) et Gestion de programme (GP). Chacune des unités, à l’exclusion de la gestion du programme, est appuyée par un groupe thématique de même dénomination. Un comité de suivi Roll Back Malaria (RBM) est aussi mis en place depuis 2014, pour assister le programme dans la définition des orientations stratégiques et la planification. Le PNLP collabore avec plusieurs directions, services et programmes pour la mise en œuvre des stratégies et interventions prioritaires. Ce sont entre autres :  la Pharmacie Centrale de Guinée (PCG) pour la gestion et la distribution des intrants, la Direction Nationale de la Santé Communautaire et de la Médecine Traditionnelle (DNSCMT) pour les orientations stratégiques en matière de santé communautaire, la Direction Nationale de la Pharmacie et du Médicament (DNPM) pour la qualité des produits de santé, la Direction nationale de la santé familiale et de la nutrition pour la prévention du paludisme chez la femme enceinte et chez l’enfant, et le Bureau de Stratégies et Développement  (BSD) pour la planification et la production des données à travers le Système National de l’Information Sanitaire (SNIS).

Aux niveaux intermédiaire et périphérique, la gestion de la lutte contre le paludisme est intégrée dans le paquet d’activités des équipes régionales de la santé (DRS), des équipes préfectorales de la santé (DPS) et des formations sanitaires (hôpitaux, centres de santé, postes de santé). Les personnels chargés de la Lutte contre la maladie au niveau des DRS et DPS assurent le suivi de la mise en œuvre des activités de prévention et de prise en charge dans les formations sanitaires et les communautés. Le PNLP, les DRS et DPS sont appuyés respectivement par des Assistants techniques et des points focaux recrutés et pris en charge par les partenaires (FM, USAID/PMI). Ces Points focaux ont pour rôle d’appuyer spécifiquement les DPS dans la lutte contre le paludisme et la gestion opérationnelle des districts sanitaires.

Les activités des DRS et DPS sont coordonnées à travers les réunions de cabinet, les réunions des Directions, les réunions des programmes et projets, le comité technique de coordination des partenaires de la santé (CTC), les groupes thématiques santé. Il en est de même pour les instances des niveaux régional et préfectoral : Comité RBM, Comité Technique Régional de Santé (CTRS), Comité Technique Préfectoral de Santé (CTPS), Réunion de staff des structures d’offre de soins, Comité de santé et d’hygiène communautaire (COSAH).

[1] Rapport d’évaluation du plan stratégique SRMNIA-N 2016-2020

[2]En Milliard de FG